En Guadeloupe pour les 170 ans de l'abolition de l'esclavage, par le JSD

En Guadeloupe pour les 170 ans de l’abolition de l’esclavage, par le JSD

«  »Dans le cadre de la commémoration des 170 ans de l’abolition de l’esclavage, une classe de terminale de Paul-Éluard est partie à la découverte de la Guadeloupe. » »

 

C’est le genre de voyage qui forme la jeunesse. 24 élèves en terminale S au lycée Paul-Éluard sont partis du 22 février au 5 mars en Guadeloupe, dans le cadre des 170 ans de l’abolition de l’esclavage. « Pourquoi la Guadeloupe ? Car c’était un lieu majeur de l’esclavage en France », rappelle le professeur d’histoire Jean-Pierre Aurières, qui emmène depuis onze ans des élèves à travers le monde et qui était accompagné cette année de deux autres profs, Jorge Pardo Cabrera et Geneviève Voisin.

Au programme de ce voyage d’étude : la visite de lieux de mémoires comme le Mémorial ACTe – le plus important centre au monde consacré au souvenir de la traite négrière et de l’esclavage. « On a visité les champs de cannes à sucre. On a pu se rendre compte des conditions dans lesquelles travaillaient les esclaves : la chaleur, les plantes qui vous coupent les bras. C’était vraiment très dur », témoigne Zeynep, pour qui – comme la plupart de ses camarades – c’était la première fois dans l’île. « On a aussi vu les cases, les habitations misérables où survivaient les esclaves », raconte Myriam. Et puis une rencontre qui a beaucoup marqué les élèves : le dernier descendant des Kalinas, une tribu amérindienne qui a été pratiquement entièrement exterminée par les colons. « C’était touchant. J’étais fière de l’avoir rencontré », ajoute Zeynep.

Un travail de fond tout au long de l’année

À l’origine de ce voyage, la mairie de Saint-Denis : « Nous sommes une ville qui possède une grosse communauté antillaise et pourtant il y a une identité, une histoire de l’esclavage qui n’est souvent pas connue », explique Raphaële Serreau, conseillère municipale déléguée à la Mémoire, qui a d’ailleurs participé au voyage. « Je connaissais bien le paysage paradisiaque, mais pas grand-chose sur l’histoire de l’esclavage en Guadeloupe », confirmait Sarah avant le départ. Et depuis son retour ? Elle est intarissable. Comme tous les autres élèves de sa classe. « Les esclaves en fuite qui étaient capturés se faisaient couper l’oreille », explique l’un. « L’esclavage a commencé en Mésopotamie », raconte l’autre.

Une connaissance approfondie qui a été permise entre autres grâce à un travail de fond tout au long de l’année. Depuis octobre, l’historienne Sylvie Zamia est venue donner des cours sur l’esclavage aux élèves. « Nous sommes également allés plusieurs fois au musée de l’Homme à Paris. Les élèves ont pu aborder les raisons anthropologiques de l’invention du racisme. Et puis ils ont également assisté à des danses africaines », explique Jean-Pierre Aurières.

Surtout, les élèves ne sont pas restés passifs : ils ont réalisé avec l’aide du photographe Philippe Monges six affiches contre l’esclavage moderne qui seront exposées à Saint-Denis en mai prochain. Et un groupe d’entre eux a réalisé un petit reportage sur leur voyage. Financé par des partenaires privés et des fonds de la mairie, le voyage n’aura coûté que 300 euros aux élèves. Ce qui leur aura permis aussi de découvrir d’autres aspects de la Guadeloupe : la Soufrière, le volcan de l’île, Marie-Galante, une île à une heure de bateau de Pointe-à-Pitre. Ils ont également visité une centrale géothermique, pris un cours de danse aux rythmes des percussions gwo ka. Et puis, tous les jours, des baignades dans l’océan… Mais aussi des exercices de maths tous les soirs avant la douche. « C’était la première fois que l’on quittait le cocon familial et que l’on partait ensemble. Ça nous a soudés, il y avait une super ambiance », se remémore Rin. Le prochain voyage de Jean-Pierre Aurières est déjà prévu. Direction la Guyane, un autre département d’outre-mer qui aura été marqué par l’esclavage.

Arnaud Aubry

Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions le jeudi 10 mai. À Saint-Denis, vernissage de l’exposition des affiches réalisées par les élèves contre l’esclavage moderne, au centre administratif, salle des Trois-patrons, le mardi 22 mai et commémoration des victimes de l’esclavage devant la stèle (jardin de l’Ancien Hôtel-Dieu) le mercredi 23 mai à 11h.

Article web du JSD mars 2018

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