Retrospective de l'avant première du film L'Origine par le JDD

Retrospective de l’avant première du film L’Origine par le JDD

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« Parfois on a du mal à se sentir français. On ne sait plus trop ce qu’on est. Donc on se rattache aux origines de nos parents », racontait en 2015 Jasmeen, alors élève en 1e au lycée Paul-Éluard. C’est par ces mots que Marine Rose Camille et Juan Ignacio Davila ont choisi d’introduire l’aventure humaine qu’ils ont filmée en Nouvelle Calédonie sur les pas de Jean-Pierre Aurières, professeur d’histoire-géographie, et de vingt et un de ses élèves. Projeté le jeudi 18 mai à l’Écran, le documentaire restitue en 1h10 les deux semaines et demie – en avril et mai 2015 – d’un périple dont ces jeunes resteront marqués durablement, comme ils l’exprimeront ce soir-là. Algérie, Sri Lanka, Sénégal, Togo ou Inde, la double culture dont ils peuvent se prévaloir ici pour se sentir exister importait peu dans ce territoire d’outre-mer. Entre les Caldoches héritiers des colons français, et les Kanaks revendiquant pour la terre de leurs ancêtres une Kanaky indépendante dans la perspective du référendum de 2018, « la double culture, eux la vivent de manière plus grave, plus dure », remarque Amine, l’un des principaux protagonistes du film. Et l’un des plus interloqués par cette ironie de l’histoire : le ralliement aux colons français des Algériens qui avaient été déportés pour actes de rébellion.

Ambassadeurs de la France

Comme le signale encore le sociologue Fabien Truong, qui était du voyage, « ils étaient reçus comme une délégation officielle. C’est la première fois qu’on leur disait qu’ils étaient ambassadeurs de la France ». Ainsi ont-ils été accueillis notamment par le haut commissaire de la République, puis dans un lycée où la multiplicité des origines faisait fortement écho à leur propre métissage. C’est là qu’ils allaient rencontrer Revaldo, jeune kanak à présent étudiant en France. « Beaucoup de gens n’ont pas eu cette vision que vous avez eue », les a-t-il salués à l’issue de la projection en se référant surtout à ces moments, les plus beaux du film, et les plus marquants pour ses protagonistes, leur séjour auprès des tribus de la Province Nord, dont Ouvéa, où une vingtaine d’insurgés étaient massacrés en 1988. C’est dans cette région où leurs hôtes kanaks se montreront particulièrement honorés des 20 000 km effectués par leurs visiteurs que se noueront les liens les plus durables.

Une rare complicité avec ses élèves voyageurs

La Province Nord ayant participé à son financement (1), le film devrait être présenté dans le cadre du festival de documentaires qui s’y tient chaque année en octobre. C’est du moins le vœu des réalisateurs et de Jean-Pierre Aurières qu’ils ont suivi, lui et ses élèves, dans trois destinations du bout du monde. La première était en 2014 Madagascar et la dernière en date en 2016 le Chili. Après cinq voyages sans caméra pour témoin, « les films m’ont permis de prendre du recul », constate le prof d’histoire-géographie qu’une rare complicité unit à ses élèves voyageurs. Dans la salle de l’Écran où il était accueilli par des acclamations, bon nombre d’anciens étaient là, comme l’expression d’une reconnaissance envers le pédagogue attentif qui leur a ouvert de nouveaux horizons. « Avec ces voyages, ils acquièrent une maturité énorme, ils apprennent à se forger un jugement », constate lui-même Jean-Pierre Aurières, avec ce souci qui le taraude depuis les émeutes de 2005. « Tant qu’on ne portera pas le regard sur le passé colonial avec ses zones d’ombre, on ne pourra pas envisager de vivre ensemble de façon apaisée. »

(1) Autres mécènes, ministère d’Outre-mer, Européquipements, Eiffage, Lions Club de Saint-Denis et le député Mathieu Hanotin.